C’est le 8mars! La haine s’arrête.

Pol Océan prend la parole

Connaissez-vous une seule femme au monde qui n’adore pas se faire souhaiter bonne fête le 8 mars ?

Une joie si pure, presque enfantine, bondit comme un ballon. Youpi! BONNE FÊTE! C’est étonnant quand même, nous ne connaissons pas vraiment l’origine historique de cette date du 8 mars, pourquoi elle a été choisie, mystère et boule de gomme (ça, c’est bien le féminin…), et pourtant toutes les femmes, féministes ou non, de tous les horizons, ont une tendresse vraie pour cette journée où elles sont honorées pour ÊTRE UNE FEMME!

J’existe!

Nous venons de loin. La moitié de l’humanité s’est vu accorder une seule journée où on nous salue avec bienveillance, et où les médias sans exception se sentent obligés de parler de choses qui nous intéressent. Et ces choses ne sont jamais reliés à la guerre dont on nous parle tous les autres jours de l’année, nous ne le soulignerons jamais assez.

Le 8 mars signifie suspension de la haine et vision généreuse d’une autre humanité.

Cliquez sur l’image pour écouter l’entrevue

En guise de cadeau pour cette journée, je vous invite à écouter une entrevue avec trois pionnières du féminisme, Colette Beauchamp, Thérèse Lamartine, et moi-même, menée par la perspicace Nathalie di Palma. Cette entrevue met en lumière le féminisme radical des années 60-70-80, et ce faisant, comble de grands trous dans la mémoire collective. Elle défait les idées répandues par les médias qui ont convaincu le public que les féministes de cette époque étaient agressives et hargneuses.

Se dégage de cette rencontre quelque chose d’excitant, de réchauffant, de vital. La générosité! Nous ne sommes pas seules! Notre lien avec une longue lignée de femmes courageuses et originales, si aisément détruit, est réparé, revivifié. Entendre Colette Beauchamp évoquer les noms de Fernande Saint-Martin à Châtelaine, Aline Desjardins à l’émission radiocanadienne Femme d’aujourd’hui, ou Thérèse Lamartine qui parle de Claire Bonenfant qui a été sa mentore… Même si nous n’avons pas connu précisément ces femmes et ces événements, même si certaines de ces femmes nous semblent trop modérées, toutes ces évocations frappent une note frémissante qui révèle notre union profonde, souterraine, que rien ne devrait pouvoir briser.

Entendons la musique!

Je ne me lasse jamais, grâce à mes sœurs féministes, de découvrir ou de redécouvrir, d’approfondir tous les aspects de cette lutte qui est le fondement même de l’existence que je mène. Cette entrevue m’a remise au chaud, bien entourée, comme un carré de tissu dans une courtepointe aux mille couleurs.

Pol accompagnant deux étudiantes en théâtre à l’UQAM en 1982

Mon grand souhait : que toutes les jeunes femmes écoutent cette entrevue et se sentent concernées. Aimons les femmes qui ont fait cette lutte! Aimons-nous les unes les autres! Ne perdons jamais de vue que nous ne pouvons pas baisser les bras : au niveau de l’inconscient collectif, l’archétype de la femme libre n’existe pas encore avec une énergie suffisante pour entraîner la transformation de l’humanité. Il manque une masse critique, un levier, un bâton magique. Ce bâton est en chacune de nous, saisissons-le!

Le féminisme actuel est un féminisme universitaire et spécialisé, et souvent gouvernemental aussi, qui écrit des thèses et des rapports, et comme tout ce qui est universitaire et gouvernemental, il crée des thèses opposées et de la division. Les mots utilisés sont durs, arides, sans pouvoir évocateur, sans rayonnement, comme l’« intersectionnalité », quel horrible mot! Le féminisme de mon époque était profondément artistique et poétique; il donnait naissance à des écritures, à des pièces de théâtre, des formes et des mots qui étaient dans la vie, pas à côté, avec une puissance et une originalité aujourd’hui inimaginables. La transmission entre les générations n’a pas eu lieu.

Si nous avons escamoté cette dimension magique pour faire du féminisme quelque chose de spécialisé qui encourage la division, c’est que l’inconscient collectif patriarcal l’emporte, dans l’esprit! Le statu quo ne bouge pas.

Je me suis engagée à mettre ma goutte d’eau pour réparer le trou, le hiatus, la rupture entre générations. Et la violence sous toutes ses formes. Je compte rappeler, avec écrits et actes à l’appui, qu’une société où le féminin est libre est la société la plus avancée, la plus humaine, et surtout la plus créative. Ce n’est pas une utopie, je l’ai vécue! Pour cela, il faut s’intéresser au féminin.

Précisons que l’avancée du féminin ne signifie pas prioritairement davantage de femmes qui occupent des postes de pouvoir. Pour le moment, la pratique du pouvoir n’a qu’un mode d’emploi et il est patriarcal. Le patriarcat est une idéologie qui peut être incarnée par une femme et c’est ce qui se passe le plus souvent. Une femme au pouvoir ne signifie pas le féminin au pouvoir. Ce qui est nécessaire est un nombre croissant de femmes qui n’ont pas peur et qui n’ont pas honte de leur féminin (c’est tout un exploit!), et qui se SAVENT libres, dans l’esprit, inconditionnellement.

Dans les capsules vidéo et textes à venir, je développerai ma réflexion sur le sens d’une culture fondée sur le féminin, où l’art serait la première nourriture. J’approfondirai, entre autres, le thème de l’identité québécoise qui à mon avis est fondée sur deux choses, dont la prédominance du féminin. Je reviendrai sur l’exemple de Jovette Marchessault qui est utilisée en ce moment par les anglophones, les autochtones et les francophones pour servir des idéologies qui noient son féminisme et sa fulgurance.

Le mois de mars sera excitant.

Pol

Bonnes lectures :
Voici quelques titres de livres de Colette Beauchamp qui nous font voir que le regard d’une journaliste féministe est très différent, éclairant, nécessaire ! Le portrait de la réalité qu’il trace est plus global, plus « épais », et profondément humain.

Thérèse Lamartine a écrit de nombreux livres. Son dernier est une synthèse de la condition féminine actuelle sur notre planète :

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