Pol Pelletier
Le travail de Pol Pelletier consiste à créer des espaces où cohabitent le Féminin et l’art théâtral. Le Féminin représente la part opprimée de l’humanité. Le théâtre est le lieu où s’exprime le plus exactement l’inconscient collectif d’un peuple. Le point de rencontre de ces deux passions de sa vie est le lieu où la vérité se rend manifeste.

Acteure-créatrice, metteure en scène, auteure et pédagogue féministe, Pol Pelletier est une pionnière. Elle cofonde le Théâtre Expérimental des Femmes en 1979 après avoir cofondé le Théâtre expérimental de Montréal en 1975. En 1988, elle crée la Compagnie Pol Pelletier, qui devient L’École sauvage en 2008, et développe la méthode Dojo ou « les sept lois de la présence ». Recherchée pour son parcours unique, Pol Pelletier transporte son savoir et son expérience du vivant et des êtres qui l’entourent dans de nombreux pays.
Au cours de sa carrière, Pol Pelletier crée plus d’une cinquantaine d’œuvres qu’elle met en scène, dont près d’une trentaine dont elle signe le texte, ainsi que de nombreuses adaptations théâtrales d’écrits de femmes. Elle met son prodigieux talent au service des univers de grandes autrices féministes, notamment Lise Vaillancourt, France Théoret, Nicole Brossard, Hélène Pedneault et Louky Bersianik.
Depuis près de 50 ans, Pol Pelletier n’a eu de cesse de porter l’éclat poétique des mots de Jovette Marchessault, d’en révéler l’amplitude et d’en préserver la mémoire. Elle crée notamment Les Vaches de nuit en 1979, La terre est trop courte, Violette Leduc en 1981, ainsi que La Pérégrin chérubinique en 2008.
Toujours à la recherche du terme qui saisirait avec acuité sa vision du rôle de l’artiste dans la société, comme le figure son personnage fétiche Ramie, acronyme pour « Royale artiste mendiante itinérante extatique », Pol Pelletier a sillonné tous les continents.

Sa curiosité insatiable pour les œuvres de romancières, poètes, philosophes, mystiques et dramaturges de tous horizons et de toutes origines se manifeste dans son approche incandescente de la scène. Son théâtre, habité par un feu sacré, fusionne les styles, les langages et les niveaux de réalité. C’est une forme dramatique à la fois poétique et baroque, qui marie conte, théâtre, danse, chant et musique, dans une esthétique du dénuement, nourrie par les travaux de Grotowski et d’Artaud.
Au cours des années 1990, elle crée la trilogie Joie (1993), Océan (1995) et Or (1997), dans laquelle elle raconte l’histoire du théâtre, des femmes et du Québec par le biais de son parcours d’artiste. Avec ses spectacles phares du matrimoine théâtral féministe, Pol Pelletier galvanise les publics d’ici, d’Europe, de l’Amérique latine, jusqu’en Afrique du Nord. Elle se voit décerner de nombreux prix et distinctions.
Pol Pelletier travaille sur les blessures et la guérison collective. En 1999 avec Cérémonie d’adieu (qui devient Nicole c’est moi, et 2021, Tragédie), elle aborde le massacre de Polytechnique, en nommant le féminicide des décennies avant que cela soit concevable. En 2011, elle expose les abus sexuels commis par les prêtres du Québec et la marque profonde de la soumission à l’Église catholique dans la psyché québécoise, dans La Robe blanche, récit d’une petite fille abusée par un prêtre. De 2014 à 2016, elle crée des spectacles sur le traumatisme d’Octobre, et le silence. En 2017, elle participe comme une des auteures et conseillère au spectacle Cinq femmes sur le pensionnat, crée par la dramaturge et femme de théâtre Atikamekw, Véronique Hébert, dont elle soutient le travail. Cinq femmes sur le pensionnat met en scène des textes et performances de femmes autochtones et blanches, récits de souffrances, mais également porteurs d’espoir. En 2018, elle fonde le Théâtre des mystères pour approfondir le lien entre théâtre et invisible.

L’engagement absolu de Pol Pelletier dans son art n’a d’égal que son souci de justice dans le monde. Son désir de partage, de lumière et de joie est immense. La quête spirituelle de Pol Pelletier est fusionnelle avec son œuvre. Elle convoque l’inconscient collectif dans un pacte radical.
Pol Pelletier est une éclaireuse de conscience, une artiste totale et authentique. Sa présence irradiante, sa versatilité et sa connexion organique au sacré tissent un lien magique entre la scène et le public, dans des expériences théâtrales exaltantes, percutantes et mémorables. Elle est une guide, de par sa liberté souveraine, son courage et son humanité. Ses décennies de labeur, de quête, de réalisations, de recherche, d’enseignement et de soutien auprès des femmes ont façonné une réflexion unique, féministe et vibrante sur l’art, le théâtre et la société.
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Quelques éléments marquants de son parcours
Fondation et direction (ou co-fondation et co-direction) de compagnies de théâtre (1975-2020)
Théâtre expérimental de Montréal (TEM), 1975-1979 ; Théâtre expérimental des femmes (TEF), 1979-1985 ; Compagnie de théâtre Pol Pelletier (1988) devenu L’École sauvage en 2008 ; L’École sauvage, en France, 2006-2008 ; L’Escuela salvaje, au Mexique, 2014 ; Le Théâtre des mystères à Montréal, 2018-2020.
Aménagement et transformation de lieux originaux en théâtres (1975-2019)
Maison de Beaujeu (avec Ronfard, Gravel, Pesant), ancien entrepôt d’olives dans une maison historique du Vieux Montréal, 1975-79 ; Le 55 Prince, ancien hangar à bateaux près du Vieux Port, 1996-97 ; Casa Loma, cabaret historique abandonné (maison d’Alys Robi près de la « Main »), 2000-2001 ; Le Théâtre clandestin, dans des appartements divers de 2014 à 2018 ; Le Théâtre des mystères, une maison secrète, 2018-2019.

Mises en scène (1979-2019)
53 mises en scène.
49 sont fondées sur des œuvres originales d’auteures femmes, dont 27 pièces de Pol Pelletier elle-même : La Lumière blanche (1981), Les femmes, l’art et la joie (1990), Joie (1992), Océan (1995), Or (1996), Cérémonie d’Adieu (1999), Nicole c’est moi (2004), Les prêtres et le Canada français (2005), Une Contrée sauvage appelée Courage (2005-2008), La Robe blanche (2011-2016), L’Événement qui transforme (2011), Le Québec est une femme, c’est pourquoi il se meurt (2011), La traversée vers la terre promise, 14 femmes ressuscitées, Prélude au 6 décembre, pour l’événement « Je suis une révolution » (2012), Les 7 lois, Les 3 secrets, Les 100 singes, Le Québec est mort, vive le féminin (2014), L’Événement véhément (2015), 5 mars 2016, La Nef des sorcières ressuscitée (2016), Une maison abandonnée (théâtre de rue devant ancienne maison du TEF, 18 juillet 2016), Le Théâtre des chansons (2017), La visite de Ramie, Hommage à deux femmes de théâtre, Qu’est-ce que le tragique?, Les Disparues de décembre (2018), Le Théâtre et la pauvreté, Le Théâtre et la spiritualité (2019).
22 œuvres d’autres écrivaines, poètes, romancières, philosophes, dramaturges, souvent adaptées par Pol Pelletier ; parmi elles, Jovette Marchessault, Lise Vaillancourt, France Théoret, Helen Weinzweig, Nicole Brossard, Louky Bersianik, Hélène Pedneault, Marie Vieux Chauvet, et tout dernièrement en 2018-19 une adaptation de La Pesanteur et la grâce de Simone Weil.
4 mises en scène d’auteurs masculins, dont García Lorca, Michel Garneau, et Yvon Lemen, poète breton.
Écriture (1976-2021)
27 textes et pièces de théâtre : le premier étant le monologue de Marcelle 2 dans La Nef des sorcières (1976).
Plus de 25 articles sur le théâtre, le jeu, le politique et le spirituel, l’écriture des femmes.
Pièces traduites : en anglais, La Nef des sorcières (A Clash of Symbols), Joie (Joy), La Lumière blanche (The White Light), extrait de Océan. En danois, un extrait de Joie.
Publication en 2021 de Tragédie. La pièce est suivie d’une sélection de ses textes qui mettent en lumière son rapport au théâtre et au Québec, et sa démarche d’écrivaine et de metteure en scène.
Événements de Parole
Le NOUS au Monument national en avril 2012. Présentation de la dramaturge attikamek Véronique Hébert, pour la Journée des autochtones, 21 juin 2013, Place Jacques Cartier, et nombreux autres événements en son honneur dans des universités (2017). Prestations en honneur du 8 mars, dont spectacle pour « Femmes, féministes, indépendantistes » au Lion d’or en 2016, aussi dans des cégeps. Hommages variés, à Jovette Marchessault (2013), France Théoret (2016).
Conférences (1980-2020)
Une trentaine de conférences sur invitation sur le théâtre, la condition féminine, la condition et le rôle social de l’artiste, la méthode Dojo, ou « Les sept lois de la présence », présentées au Québec, au Canada anglais, en France et au Danemark.
Conseillère dramaturgique (1982-2018)
Pour : Helen Weizweig, Lise Vaillancourt, Pascale Rafie, Evelyne de la Chenelière, Sylvia Rodriguez, Maïté Sinave et Martin Payette. Soutien et conseillère dramaturgique, pendant plusieurs années (2012-2017), de la femme de théâtre attikamek, Véronique Hébert.
Interprétation de rôles : 50 personnages
Au début, quelques rares classiques, Corneille, Marivaux. Pelletier se consacrera à la création d’œuvres nouvelles, de femmes majoritairement. Elle a gagné le masque de l’interprétation féminine décerné par l’Académie québécoise du théâtre pour ses spectacles Joie et Océan en 1998.
Pédagogie (1969-2020)
Professeur de littérature à Université d’Ottawa (1969-1971). Création et animation d’ateliers de formation théâtrale spécifiquement pour femmes, dont un atelier de mise en scène, au TEM et au TEF, 1975 à 1984.
Professeure de théâtre invitée dans de nombreuses institutions, dont département de théâtre de l’UQAM (1982, 1991-92), l’École nationale de théâtre (1982), Cirque du Soleil (1993). Fondation et direction du Dojo pour acteures (1988-2001), premier centre d’entraînement permanent pour artistes de la scène au Québec, comprenant des initiations à la mise en scène ; la méthode Dojo, connue internationalement, a été enseignée au Québec, en France, au Brésil, en Australie, au Mexique, au Danemark, au Canada anglais, à plus de 4000 personnes, et est toujours en plein développement.

Tournées (1993-2008)
Joie a été accueilli pendant trois semaines au prestigieux Théâtre du Soleil d’Ariane Mouchkine à Paris en 1993.
En France, Tunisie, Australie, Belgique, Danemark, Brésil, Canada anglais, Mexique (où elle a fondé une École sauvage). Toutes des œuvres de Pol Pelletier elle-même, en français, anglais, espagnol, sauf pour Les Vaches de nuit de Jovette Marchessault.
Prix et distinctions
Plus de 20 distinctions octroyées par des journaux, le vote du public, l’Association des critiques, l’Association de recherche théâtrale du Canada, la Société québécoise d’études théâtrales, l’Académie québécoise du théâtre. Octrois de résidences d’artistes à l’étranger, en Bretagne en France, en Catalogne.
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« Tous les qualificatifs imaginables lui ont été donnés, comme autant de médailles et de cicatrices : sublime, méchante féministe, chamane, intense, dérangeante, phénomène, sorcière, pasionaria, brebis galeuse, incandescente, pas reposante, enchanteresse sans pareille, profonde, actrice hors du commun, impudique, mouton noir du théâtre québécois, prêtresse, bête de scène, géniale, monstre sacré, gourou, actrice surdouée, prodigieuse, trésor national. Mais quand on y pense, il n’y a qu’un seul mot qui puisse contenir tous ces qualificatifs et définir toute entière Pol Pelletier : VIVANTE. Une vivante qui est bien résolue à avoir beaucoup de plaisir… »
– Hélène Pedneault

