L’École sauvage
La méthode Dojo
La méthode Dojo a été mise sur pied au centre international d’entraînement pour artistes de la scène, le Dojo pour acteurEs, fondé par Pol Pelletier en 1988. La méthode a été enseignée à plus de 4000 personnes dans de nombreux pays, Québec, France, Brésil, Australie, Danemark, Mexique, et au Canada anglais. La méthode Dojo hérite de nombreuses années de recherche sur le métier d’acteurE et son rôle dans la société, une pratique théâtrale abondante, un intérêt marqué pour l’apport de Grotowski, Artaud et Barba à la réflexion sur les arts de la scène et le corps en jeu, la pratique de plusieurs formes de danse (capoeira, claquettes, tango, danses africaines), de l’autodéfense pour femmes (enseignée pendant plusieurs années), de la méditation, ainsi que d’une réflexion sur l’inconscient collectif, la guérison et l’Histoire.
S’appuyant sur un travail du corps et de l’inconscient, la méthode Dojo entraîne les participantEs à passer de l’état habituel (éteint, dispersé, inauthentique) à l’état de Présence, où le corps devient précis, unifié, vibrant. L’état de présence se caractérise par sept lois : les oppositions, le déséquilibre, la colonne vertébrale qui irradie, la dépense d’énergie, le silence, le lien, la danse entre le conscient et l’inconscient. À partir d’un entraînement rigoureux à l’art de la Présence et à ses sept lois, l’étudiantE sera en mesure d’entreprendre une démarche de création.

Troupe, Casa Loma, 2000. Photo : Claudine Larocque
Féminin / corps de l’acteurE
Pendant un certain temps, Pol Pelletier a affirmé que le corps « présent » était un corps féminin. La méthode Dojo a exploré les trois éléments caractéristiques du Féminin, tel que défini par les recherches de Pol Pelletier : l’amour de la fragilité, le corps et l’inconscient, la souffrance, toutes caractéristiques qui s’opposent au Patriarcat (performance, raison, force). Passer de l’état habituel à l’état de Présence signifie quitter la structure patriarcale pour découvrir et intégrer le Féminin, découvrir le corps de l’acteurE.
La découverte du Féminin et sa valorisation sur le plan collectif pourraient entrainer, selon Pol Pelletier, une transformation radicale de la société, que le théâtre, miroir de l’inconscient collectif, est en mesure de porter.
Tout le monde le voit, mais personne n’ose le dire : que quand elle joue l’acteur a la peau absolument transparente et qu’on voit tout ce qu’il y a dedans. C’est le corps pas visible, c’est le corps pas nommé qui joue, c’est le corps de l’intérieur, c’est le corps féminin, que l’on veut réduire à n’être que des télégraphes à émettre et exécuter, à transmettre des signaux avec leur corps d’une tête à l’autre, des phallus à sens, des membres mâles tendus pour désigner, des flèches bien dressées à pointer le sens.
Valère Novarina, Le théâtre des paroles
Aujourd’hui, Pol sait que le corps est un très faible reflet de l’invisible. Que ce qui nous touche chez unE acteurE n’est pas son corps, mais l’invisible qui le constitue. Il faut intégrer ce que nous nommons le féminin et le masculin, bien sûr, mais la vérité qui se dégage d’un être unifié est une vérité universelle et sans sexe. C’est ce que nous comprenons lorsque nous voyons le danseur japonais Khazuo Ohno aujourd’hui décédé. Il est UN et son corps ne pose aucun jugement. Il est traversé par des forces si immenses que nous sanglotons devant l’infini.
La méthode Dojo aspire à s’abandonner à l’invisible, qui ne contient aucune division.

Atelier au Mexique
L’École sauvage
L’École sauvage regroupe des humainEs avant de regrouper des artistes. Elle refuse le culte de la personnalité de l’artiste, préfère l’honnêteté au talent. Elle accueille des personnes de toutes provenances, âges, disciplines, métiers, et abolit la distinction entre les initiéEs et les profanes. Au cœur du travail de l’École sauvage, il y a la Présence, éprouvée charnellement et concrètement. L’exploration est le fondement de la pratique : arriver à ses propres conclusions sans imitation, sans répétition. Travailler lentement, vers le plus sombre, le plus inconnu, sans souci d’efficacité ou de performance.
Des millions d’hommes copiaient avec un mal fou l’idée que l’on se fait d’un homme, des milliers de femmes copiaient avec application l’idée que l’on se fait de la femme, et des milliers de gens copiaient avec un effort surhumain leur propre visage et l’idée d’existence; sans parler de l’effort angoissé avec lequel on imite des actes de bonté ou de méchanceté – en prenant quotidiennement soin de ne pas se laisser aller à un acte véritable, donc incomparable, donc inimitable, donc déconcertant. Et pendant ce temps, il y a quelque chose de vieux et de sordide dans un endroit quelconque de la maison, et l’on dort inquiet, le malaise est le seul signe qui nous avertit que nous sommes en train de copier, et nous sommes à l’écoute de nous-mêmes, vigilants, sous les draps. Mais nous sommes si éloignés de nous-mêmes par l’imitation que ce que nous entendons nous parvient sans un son; comme si c’était une image invisible dans des ténèbres si compactes que même les mains ne serviraient pas à l’approcher. Même la compréhension, nous l’imitons. La compréhension faite du langage d’autrui et de mots.
Mais restait la désobéissance.
Clarice Lispector, La bâtisseur de ruines
